Egomorte

Liträo

08/01/2020

Autoproduction

Je me suis levé ce matin en me disant que j’avalerais bien quelque chose d’épais. Oui ça peut paraître étrange, mais en hiver, ça réchauffe et pas seulement la gorge, les oreilles aussi. Alors en jetant un coup d’œil aux nouveautés, j’ai remarqué du coin de l’œil une sortie brésilienne à la pochette assez immonde et au sceau très précis : Sludge/Doom. Conscient d’être dans le bon créneau, j’ai écouté la chose, et j’en ai rapidement conclu ceci : la musique des LITRÄO est vraiment épaisse, et saura contenter tous les amateurs de musique lente, grasse, grave et lancinante. Peu d’informations au sujet du groupe, si ce n’est leur ville d’origine, Rio de Janeiro, une discographie succincte constitué de deux EP’s (O Filho Que Você Despreza en 2018 et O Sol Continua o Mesmo en 2019), et un line-up énigmatique (F -basse, M - batterie, G - guitare et K - chant/guitare). Pas de quoi fouetter un éléphant, mais après tout, l’important reste la musique. Sous cet aspect-là, osons dire que les brésiliens se complaisent dans un formalisme de lourdeur assez conséquent, n’hésitant jamais à faire traîner leurs riffs plus que de raison, les aplatissant d’une rythmique pesante et d’un chant rauque et glauque. Rien ne vient vraiment les distinguer de la masse grouillante des groupes de Doom épaississant leur son pour sonner Sludge, mais il y a quelque chose d’hypnotique dans leurs compositions qui leur permet d’obtenir un effet concentrique assez appréciable, d’autant que la seule référence qu’ils revendiquent est celle…d’Adam Sandler, ce qui ne permet pas vraiment de les situer sur une carte stylistique précise.

Mais qu’importe, et si l’ELECTRIC WIZARD de Dopethrone, si les MELVINS les plus pesants, si le SLEEP le plus troublant, et le BONGZILLA le moins complaisant font partie de votre vocabulaire musical, il y a de grandes chances que LITRÄO en fasse rapidement partie aussi. Le principe est simple, jouer le Heavy tel qu’il a été conçu il y a quelques siècles par BLACK SABBATH, en accentuant les aspects les plus exagérés, et surtout, en ne déviant jamais d’une ligne de conduite qui a depuis longtemps biffé les mots « évolution » et « progression » de son lexique. Alors, Egomorte se partage donc entre deux factions, avec d’un côté, les morceaux lourds et Sludge, et de l’autre, les titres encore plus lourds et Doom. « O Filho Que Você Despreza » fait évidemment partie de cette seconde catégorie, avec ses douze minutes bien tassées, malgré une faible accélération centrale laissant place à une mélodie rachitique, vite tuée dans l’œuf par un chant sans pitié au raclage intempestif. Quelles sont donc les qualités d’un quatuor qui finalement, ne fait que respecter des codes bien établis ? Admettons une certaine pureté dans leur approche, qui les empêche de s’ouvrir à des influences extérieures, et un monolithisme qui les confine au statisme, ce qui a le don de provoquer une sorte de torpeur chez l’auditeur. Un confort d’écoute, une douce lancinance dans la répétition, et l’assurance de ne pas être perturbé par des éléments hors contexte ou des breaks intempestifs. Ici, c’est le minimalisme dans le maximalisme qui domine les débats, et aussi gros et massifs soient les thèmes, ils ne dévient jamais, et c’est certainement là le point de focalisation principal de ce premier LP.

Un premier LP à la production elle aussi massive, et inextricable comme les traits de cette pochette grotesque, qui elle aussi agit comme un reflet dans un miroir déformant, présentant la réalité sous son jour le moins flatteur. Et en dehors de la courte transition instrumentale « 188 », tout n’est que noirceur, lenteur, oppression, perversion lourde, et rapport de dominé à dominant. Une longue marche en avant qui prend des heures à faire quelques mètres, soit l’apologie d’une non évolution que les brésiliens assument totalement. L’intérêt ? Pour les fans du genre, de quoi rassasier sa soif de Heavy en enclume frappée avec ferveur et foi, pour les autres, d’avoir affaire à un parangon absolu, érigeant un principe de base en dogme absolu. Les moyens comme fin, qui la justifient, et le Sludge/Doom comme seul objectif. On peut trouver ça redondant, d’autant plus que la chose dure presque cinquante minutes, mais on peut aussi apprécier ces sonorités passéistes qui nous ramènent aux années 90, lorsque NEUROSIS jouait l’obsession et EYEHATEGOD la dépression. Et si le final « Escrituras de uma Vida em Vão » ne propose absolument rien de neuf et nous laisse en proie aux affres du désespoir musical, c’est pour mieux proposer un épilogue en forme de boucle bouclée, et d’aveu définitif. Les LITRÄO ne s’écarteront jamais du chemin qu’ils se sont lourdement creusé, et resteront des esthètes de la lenteur poisseuse, leur musique gardant cette patine de crasse qui recouvre les meilleurs efforts du genre. Inutile donc d’espérer un Crossover qui n’a pas lieu d’être, Egomorte est la mort de l’ego, et l’acceptation du collectif et de l’objectif en tant que but unique, au mépris des individualités qui ne servent qu’un dessein commun. Et finalement, c’est très bien comme ça, même si le résultat a de quoi laisser dubitatif à notre époque.

Je voulais de l’épaisseur ce matin, et j’ai été servi. LITRÄO m’a introduit à un monde unidimensionnel, statique, souffreteux et même cruel parfois, et j’en suis ravi. Certes, un album pareil ne me permettra certainement pas de voir la vie en rose, mais le noir et le blanc sont décidément les deux nuances les plus proches d’une réalité quotidienne étouffante. Et si le monde est stone parfois, souvent même, il est finalement assez Sludge et Doom. Une apocalypse comme une autre…     

                   

Titres de l’album :

                           01. Lugares Memoráveis, Dores Inesquecíveis

                           02. Enquanto Abutres Consomem Nossa Carne

                           03. Riley-Day

                           04. O Filho Que Você Despreza

                           05. 188

                           06. Escrituras de uma Vida em Vão

Bandcamp officiel

Facebook officiel


par mortne2001 le 22/04/2021 à 17:41
72 %    13

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Test de nouvelle vidéo

grinder92 11/09/2020

Vidéos

From This Day Forward

mortne2001 10/09/2020

From the past

...And Justice For All

mortne2001 08/09/2020

From the past

Slayer + Megadeth 2011

RBD 05/09/2020

Live Report

Manifest Decimation

mortne2001 31/08/2020

From the past

Opeth 2006

RBD 29/08/2020

Live Report

Widespread Bloodshed/Love Runs Red

mortne2001 24/08/2020

From the past

PILORI / Interview

Baxter 18/08/2020

Interview

Dead can Dance 2013

RBD 15/08/2020

Live Report
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
grinder92

Du texte en grasDu texte en italiqueDu texte soulignédu texte barrédu texte en vertune liste d'item numérotée(...)

16/09/2020, 22:12

grinder92

 

16/09/2020, 21:51

grinder92

16/09/2020, 21:49

grinder92

  Affichage des smileys

16/09/2020, 16:48

grinder92

 

16/09/2020, 15:51

grinder92

15/09/2020, 22:30

grinder92

15/09/2020, 22:06

grinder92

  

15/09/2020, 19:09

grinder92

 

15/09/2020, 18:39

grinder92

 

15/09/2020, 18:38

grinder92

Affichage de Smileys  

15/09/2020, 13:57

grinder92

test de fonctionnement

15/09/2020, 13:57

senior canardo

gros souvenirs, j'y avais emmené mon neveu de 7 ans et demi ! c'etait drole les regards partagés des gens entre "cool la relève" et "ce n'est pas un endroit approprié pour un enfant " lol. ce qui etait drole aussi le nombre de gens qui se sont barrés après slayer ...comme nous ;)

11/09/2020, 12:32

Humungus

Novateur ? Je ne sais pas du tout ce que la "presse" en dit mais moi je le trouve très varié (y'a tout NAPALM là dedans !), pas mal de côtés GODFLESH aussi... Pis même un titre totalement KILLING JOKIEN ("Amoral"). Bref, j'adore !!! Album de l'année ???

11/09/2020, 10:59

Living Monstrosity

Barney, toujours aussi intéressant en interview. Bon sang j'adore ce type !!! J'adore l'écart qu'il y a (toujours eu) entre l'aspect brutal de leur musique et le fond, l'esprit derrière tout ça. Quant au dernier album, j'ai bien envie de craquer aussi... Il est aussi "novateur(...)

11/09/2020, 08:04

Humungus

Nubowsky + 1000000 !!! Le dernier album en date est juste EX-TRA-OR-DI-NAIRE !!! !!! !!! Il tourne en boucle chez moi en ce moment...

11/09/2020, 07:25

RBD

Bel effort qui illustre bien le retour en grâce dont bénéficie cet album depuis, disons, une douzaine d'années, et après être passé pour le plus faible dans l'opinion générale jusqu'à la sortie de "Load". Tout est dit ici dans les faits, qui sont au demeurant bien connus. Ce (...)

10/09/2020, 21:27

Arioch91

Sabaton, je n'y prête même plus attention. Pas ma came mais je respecte ceux qui aiment. Y a pas de mauvais Metal. - Le bon Metal, c'est quoi ? Bah tiens, tu prends ce disque là, tu le poses sur la platine, tu écoutes. Bah, c'est du bon Metal. Et le mauvais Metal ? Ah..(...)

10/09/2020, 11:22

Arioch91

J'ai bien aimé celle de David White (Heathen, chant). On sent que l'intérim des gratteux chez Exodus lui a bien cassé les couilles, tout comme le fait que Kragen Lum se soit pointé avec la totalité du nouvel album entièrement composé par lui et que White ne pouvait même pas y apporter ses te(...)

10/09/2020, 11:18

Nubowsky

L’interview de Napalm est toujours aussi intéressante.. quelle conviction et quelle carrière exemplaire.

10/09/2020, 09:45