Existencialista

Tujarot

06/07/2018

Iron Bonehead

Nouvelle sortie chez les décidément infatigables Iron Bonehead, le premier LP des slovaques de TUJAROT. A priori, rien ne distingue cette production du reste de l’écurie allemande, et pourtant, ce longue-durée est assez unique en bien des points, et il ne se contente pas de répondre aux exigences pointues de qualité underground du label. Fondé en 2012, ce trio énigmatique (M - batterie, V - chant/basse et A - chant/guitare/ambiance) a patiemment élaboré sa discographie en toute discrétion, et s’est pour l’instant contenté de EP’s, et d’une compilation les recoupant tous les deux. Ces EP’s se bornant en chaque occurrence d’un seul et unique morceau ont contribué à définir le son étrange de ce Black Metal venu de l’est, émergeant de ce petit pays coincé entre la Hongrie, la Pologne et l’Ukraine, qui refuse les codes les plus évidents du genre pour s’aventurer en terre mystique, et développer de beaux arguments ténébreux, sans pour autant verser dans les réflexes les plus habituels. Il est d’ailleurs très difficile de définir la musique des TUJAROT, puisqu’ils n’ont que peu d’équivalents sur la scène internationale. Jouant la discrétion virtuelle autant qu’ils le peuvent, les trois musiciens préfèrent patiemment élaborer leur œuvre, en mettant l’emphase sur la lourdeur, les ambiances, pour offrir un point de jonction entre les sonorités les plus classiques et les exactions contemporaines osant enfin jouer le jeu de l’ambivalence et de l’hybridation. Et sans aller jusqu’à plonger dans les abysses les plus impénétrables de leur créativité, le format même de cette sortie a de quoi étonner. Existencialista a d’abord bénéficié d’une publication sous la forme d’un set dépliant de trois mini-CD, édité à trente-neuf exemplaires et entièrement créé à la main, avant de tomber sous celles du label allemand, bien décidé à le proposer sous un packaging plus classique, ne dissimulant en rien son étrangéité.

De fait, et dans le fond et la forme cette fois ci, ce premier album se constitue donc comme le veut leur tradition de trois morceaux dépassant allègrement les dix minutes, mais qui ne tombent jamais dans le piège facile de la redite ou de l’expérimentation erratique. Si les impulsions semblent guidées par des humeurs, de violence ou de nihilisme, la musique fait preuve d’une créativité palpable, en unissant les époques et influant le temps, pour qu’il forme une boucle assez intéressante nouant le passé au présent. On y retrouve donc la violence inhérente aux débuts du BM dit de l’est, mais aussi les dissonances plus contemporaines des VIRUS, de SHINING, et ce sens de l’épidermisme, si vous excusez ce néologisme osé, qui constelle les productions des ukrainiens, des russes et des hongrois depuis le début des années 2000. Placé sous l’égide de références multiples, mais résolument personnel, Existencialista ne lasse jamais, mais agit plutôt comme un catalyseur stimulant votre curiosité, et propose une vision individuelle et collective de ténèbres qui ont toujours représenté le décorum idéal pour une musique misanthropique, réfutant tout principe de musicalité trop prononcée, mais ne renonçant pas pour autant à des harmonies qui permettent d’amplifier la puissance de rythmiques et de riffs taillés dans le jais. Aussi évolutif qu’il ne peut être statique, ce BM sourd, diffus et pourtant terriblement précis échappe à toute catégorisation, pour laisser parfois l’improvisation logique prendre le pas sur l’élaboration précautionneuse. Et c’est justement cette dualité qui étonne, d’autant plus que le son dont dispose cette réalisation permet d’en apprécier chaque détail, aussi infime soit-il.

Trois titres donc, conséquents, qui déroulent leur imaginaire macabre au long de breaks largement étendus, sans opter pour une structuration formellement agencée. Si pour beaucoup, les trois segments partageront tant de points communs qu’il en deviendra difficile de les distinguer, les initiés sauront reconnaître quelques variations, dans le tempo principalement, mais aussi dans l’approche, plus opaque par moments et plus lumineuse à d’autres. Le chant, mixé en sévère arrière-plan, agit presque comme une troisième ligne rythmique, d’autant plus que les riffs dispensés par la guitare n’en sont pas vraiment, mais s’apparentent plutôt à des couches sonores qu’on empile aux côtés d’une rythmique relativement polyvalente, qui donne toute l’étendue de ses possibilités sur le final « Dryáda ». Cet épilogue ose d’ailleurs jouer le jeu de motifs plus facilement mémorisables, et presque Rock dans les intentions sous-jacentes, sans perdre de vue cette crudité de ton qui rend chaque attaque précise, et chaque portion de chanson prolongement logique de la précédente. Evitant d’ailleurs les imbrications un peu téléphonées, les slovaques restent d’une fluidité déconcertante à ce niveau de timing, et se rapprochent dans leurs instants les plus posés des premiers effluves du BM nordique, singeant la grandiloquence des EMPEROR de façon minimaliste, et déformant le rigorisme des DARTHRONE et autre BURZUM en enveloppant leur corps décharné dans un linceul d’une noirceur immaculée. Certes, et j’en conviens, ces mots peinent à décrire le contenu d’un triple EP qui agit comme une évolution naturelle vers le chaos le plus ultime (dont la seule échéance reste le silence), mais il serait malhonnête de chercher à dépeindre avec acuité une musique qui fonctionne à un niveau de ressenti épidermique, et de raisonnement viscéral presque primitif.

D’aucuns, après la demi-heure d’écoute impartie auront du mal à comprendre le faux enthousiasme dont je fais preuve, mais il y a quelque chose de tellement tapi sous la réalité dans la musique des TUJAROT, de foncièrement logique, mais d’intangible et de désincarné, que je ne peux m’empêcher s’y voir les futurs prémices d’une musique aussi abrasive que séduisante. Presque aussi Ambient qu’il n’est Black évolutif, Existencialista est bien plus que la somme de trois faux EP’s disparates, et mérite toute votre attention, au-delà de l’objet de collection qu’il aspirait à incarner avant d’être récupéré par un label aux moyens plus étendus. Car même en dépit d’une forme de production en LP plus classique, son contenu a gardé cet aspect mystérieux. Un mystère qu’on se plaira à tenter de décoder, pour finalement se rendre compte qu’on n’en sait pas plus qu’au départ.


Titres de l'album:

  1. Uranos
  2. Hesperidské Nymfy
  3. Dryáda

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 05/07/2018 à 14:45
80 %    508

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Test de nouvelle vidéo

grinder92 11/09/2020

Vidéos

From This Day Forward

mortne2001 10/09/2020

From the past

...And Justice For All

mortne2001 08/09/2020

From the past

Slayer + Megadeth 2011

RBD 05/09/2020

Live Report

Manifest Decimation

mortne2001 31/08/2020

From the past

Opeth 2006

RBD 29/08/2020

Live Report

Widespread Bloodshed/Love Runs Red

mortne2001 24/08/2020

From the past

PILORI / Interview

Baxter 18/08/2020

Interview

Dead can Dance 2013

RBD 15/08/2020

Live Report
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
grinder92

Du texte en grasDu texte en italiqueDu texte soulignédu texte barrédu texte en vertune liste d'item numérotée(...)

16/09/2020, 22:12

grinder92

 

16/09/2020, 21:51

grinder92

16/09/2020, 21:49

grinder92

  Affichage des smileys

16/09/2020, 16:48

grinder92

 

16/09/2020, 15:51

grinder92

15/09/2020, 22:30

grinder92

15/09/2020, 22:06

grinder92

  

15/09/2020, 19:09

grinder92

 

15/09/2020, 18:39

grinder92

 

15/09/2020, 18:38

grinder92

Affichage de Smileys  

15/09/2020, 13:57

grinder92

test de fonctionnement

15/09/2020, 13:57

senior canardo

gros souvenirs, j'y avais emmené mon neveu de 7 ans et demi ! c'etait drole les regards partagés des gens entre "cool la relève" et "ce n'est pas un endroit approprié pour un enfant " lol. ce qui etait drole aussi le nombre de gens qui se sont barrés après slayer ...comme nous ;)

11/09/2020, 12:32

Humungus

Novateur ? Je ne sais pas du tout ce que la "presse" en dit mais moi je le trouve très varié (y'a tout NAPALM là dedans !), pas mal de côtés GODFLESH aussi... Pis même un titre totalement KILLING JOKIEN ("Amoral"). Bref, j'adore !!! Album de l'année ???

11/09/2020, 10:59

Living Monstrosity

Barney, toujours aussi intéressant en interview. Bon sang j'adore ce type !!! J'adore l'écart qu'il y a (toujours eu) entre l'aspect brutal de leur musique et le fond, l'esprit derrière tout ça. Quant au dernier album, j'ai bien envie de craquer aussi... Il est aussi "novateur(...)

11/09/2020, 08:04

Humungus

Nubowsky + 1000000 !!! Le dernier album en date est juste EX-TRA-OR-DI-NAIRE !!! !!! !!! Il tourne en boucle chez moi en ce moment...

11/09/2020, 07:25

RBD

Bel effort qui illustre bien le retour en grâce dont bénéficie cet album depuis, disons, une douzaine d'années, et après être passé pour le plus faible dans l'opinion générale jusqu'à la sortie de "Load". Tout est dit ici dans les faits, qui sont au demeurant bien connus. Ce (...)

10/09/2020, 21:27

Arioch91

Sabaton, je n'y prête même plus attention. Pas ma came mais je respecte ceux qui aiment. Y a pas de mauvais Metal. - Le bon Metal, c'est quoi ? Bah tiens, tu prends ce disque là, tu le poses sur la platine, tu écoutes. Bah, c'est du bon Metal. Et le mauvais Metal ? Ah..(...)

10/09/2020, 11:22

Arioch91

J'ai bien aimé celle de David White (Heathen, chant). On sent que l'intérim des gratteux chez Exodus lui a bien cassé les couilles, tout comme le fait que Kragen Lum se soit pointé avec la totalité du nouvel album entièrement composé par lui et que White ne pouvait même pas y apporter ses te(...)

10/09/2020, 11:18

Nubowsky

L’interview de Napalm est toujours aussi intéressante.. quelle conviction et quelle carrière exemplaire.

10/09/2020, 09:45